Ça veut dire quoi perdre son temps ?

Perdre du temps… qu’est-ce que ça veut dire ? Nous sommes constamment dans le faire. Une minute qui n’est pas passée à accomplir, à vivre ou à produire est une minute de perdue, gaspillée. Comme si les temps de rien, de vide, étaient à proscrire, vain gaspillage de cette ressource si précieuse, de ces secondes qui s’écoulent inéluctablement entre nos doigts.

Il n’en a pas toujours été ainsi. C’est dans l’errance, le silence et l’ennui que sont nées les plus belles œuvres, les réflexions les plus profondes. Alors pourquoi la distraction permanente est devenue la norme ? L’humanité a goûté à la dopamine comme un addict à l’héroïne, et non seulement il ne sait pas aujourd’hui comment sortir de cet engrenage, mais il n’en a surtout simplement pas conscience. 

Lorsque nous mettons trop de choses dans nos vies, nous mettons moins de vie dans ce que nous faisons. 

Et me voilà donc dans le vide. Je ne fais rien, n’apprends rien, ne produit rien. J’erre d’un lieu à un nôtre, sans but précis, sans objectif déterminé. Et que c’est inconfortable ! Mes mécanismes inconscients tentent en permanence de me ramener à eux, me martelant que je perds mon temps, que je devrai mieux « l’utiliser », en tirer profit, en profiter pour faire.

Mais c’est justement parce que c’est inconfortable je penses devoir rester là. Apprendre à basculer du faire à l’être. Revenir à moi. Tourner le regard vers l’intérieur. Pour l’instant je peine à y ouvrir les yeux. Mais cela viendra, car ce temps, d’aucun dirai perdu, fera silencieusement son œuvre.

Cependant, pour avoir du vide et du rien, il faut aussi de la solitude. Or de nos jours être seul n’est pas une activité très populaire ni largement pratiquée. La valeur sociale que l’on attribue à un individu dépend davantage du volume de ses interractions sociales que du temps qu’il arrive à passer en tête à tête avec lui-même.

« La vie sociale ne guérit pas le silence, elle le maquille ». De nos jours la solitude fait peur à tous ceux qui n’ont pas appris à tenir debout sans l’approbation des autres, et ils sont multitude.

« Car si vous n’avez pas appris à tenir debout seul, chaque sourire, chaque applaudissement, chaque parole bienveillante devient une bouffée d’oxygène dont vous devenez dépendant. Vous développez une faim émotionnelle, insatiable, toujours en attente de quelqu’un d’autre pour combler le vide que vous ne savez pas remplir vous-même. Et cette dépendance vous vole la seule chose qui vous appartient vraiment : votre liberté ». – S’anomaliser

Et finalement, on s’etteint petit à petit en adaptant son comportement, en trahissant subtilement son identité, pour éviter le rejet et chercher l’acception, et tout cela pour lutter contre cet ennemi imaginaire qu’est la solitude.

Pourtant il n’y a qu’à travers la solitude que l’on se révèle vraiment. Car lorsqu’on enlève tout ce qui n’est là que pour plaire, que pour s’adapter, que pour survivre, que pour vaincre, il ne reste plus que le vrai, l’être brut, l’identité nettoyée de tous ses costumes. Et alors la solitude est capable de nous offrir ce qu’aucune foule ne pourra nous donner : l’authenticité.

Nous ne sommes vulnérables à la peur de l’abandon et du rejet que lorsque nous n’avons pas encore appris à aimer notre propre compagnie. Devient alors possible de se connecter aux autres par choix et non par manque, ce qui change absolument tout à la qualité de la relation.

« Nombre d’hommes passent leur vie à fuir ce qu’ils ne peuvent éviter. Ils fuient le silence en noyant leur journée de bruit. Ils fuient l’introspection en se jetant dans les distractions. Ils fuient leur propre reflet en cherchant la validation des autres ». – S’anomaliser

Ces mécanismes sont profondéments ancrés en nous. En tout cas, ils sont profondément ancrés en moi. Et je ne peux que constater que je recherche plus ou moins consciemment à remettre du bruit et de la distraction face à ce vide que je ne suis pas encore capable d’affronter.

Peut-être que le changement radical est simplement trop violent. On peut réintégrer la solitude et de l’introspection progressivement… J’apprends.

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