Hvar, un nom imprononçable pour qui ne maîtrise pas les langues slaves, nécessitant d’aspirer le H (car non, il n’est bien entendu pas muet), vomir le V et rouler le R pour espérer le prononcer correctement.
Mais mal avisé celui qui s’en tiendrait à l’aparence (ou plutôt ici à l’orthographe) pour juger cette île. Ici, la douceur de vivre n’est pas simplement une philosophie, mais un véritable état d’être.
Et dès les premiers instants, je suis accueillie à bras ouverts…
La gentillesse. C’est la première chose qui me frappe ici. Sur le ferry déjà, deux heures de traversées que je ne vois pas passer, trop occupée à discuter avec Luka, un Macédonien venu travailler pour sa troisième saison sur l’île. A peine arrivés, il se renseigne pour moi pour m’aider à trouver le bus qui m’amènera à ma destination finale, et restera à mes côtés jusqu’à ce que je me décide à me rapprocher à pieds.
Quelques centaines de mètres plus loin, après avoir abandonné l’idée de tout faire à pieds avec mes 14 kilos sur le dos ET mes 6 kilos de légumes demandés par mon hôte sur les bras, je m’arrête sur le bord de la route pour faire du stop. Je n’ai pas attendu deux minutes, une femme s’est arrêtée et m’a très gentiment proposé de m’amener à Vrboska.
Oui, là aussi, bon courage pour la prononciation. « VRB ». Ouais. C’est une langue qui n’a pas à pris l’option voyelle.
Quoi qu’il en soit, après une conversation très sympathique, ma conductrice me conduira devant le café où j’ai rendez-vous, pour me faciliter la tâche. Verica m’y rejoindra quelques minutes plus tard pour m’y offrir un café, accompagnée de Kampi, mascotte du village, un chien adorable qui n’appartient à personne et qui donc, tout naturellement, est à tout monde ici.
Après un tour de la maison, une mise en place de la chambre, et la préparation ensemble d’une belle salade composée, nous voilà partie chez Jessica, traversant le village le saladier dans les mains, pour un dîner entre voisines.
Jessica sera, comme toutes les personnes que je rencontrerai ici, ouverte et accueillante, pleine de gentillesse et de bienveillance, presque autant que son fidèle compagnon, Pete, qui m’adoptera en quelques minutes à peine. Au détour de la conversation, je leur dit ce soir-là que ça fait exactement un mois que j’ai quitté la France pour cette aventure.
Et ni une, ni deux, nous voilà donc parties vers le coeur du village, non sans que Jessica ait vêtu Pete d’un noeud papillon jaune, car après tout c’est un jour qui se fête, pour aller manger une glace et célébrer ce premier jalon de mon voyage.


Et ici le temps s’allonge…
Me voilà donc chez Verica depuis plusieurs jours, et étrangement, le temps passe vite. Ici on fait peu, mais on prend le temps de le faire. Hier par exemple, nous avons fait un brunch dans la matinée, déjeuner avec les voisins jusqu »à 14h, puis sommes allées boire un café dans le village d’à côté avec sa famille, et la journée était terminée. Si peu de « choses » accomplies, et pourtant j’ai eu l’impression que la journée était remplie.
Il y a ici un sentiment d’unité, une notion de communauté, un véritable vivre ensemble qui fait chaud au coeur et qui donnera à chacun le sentiment de faire partie d’un tout.
Comme jusqu’à présent toutes les personnes avec lesquelles j’ai eu l’occasion de discuter depuis mon départ, Niko m’a demandé ce qu’il en était de l’immigration en France, et de l’insécurité grandissante de nos villes. Apparament, c’est un sujet qui fait parler de nous à l’étranger.
Lorqu’on parle d’insécurité, je raconte souvent des anecdotes sur les services de secours pris pour cibles dans certains quartiers sensible. Il m’a dit qu’ici, cela ne pourrait jamais arriver. Que la guerre ici fait partie de l’histoire d’hier, que ceux qui ont saigné pour la patrie sont encore là et bien vivants, et que cette fraîche mémoire du prix de l’indépendance ne peut que créer un sentiment patriotique fort, et la volonté de maintenir la qualité de vie et de sécurité si durement arrachés à l’ex-Yougoslavie.
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