Et tout commence par un instant banal. Rien de grandiose, rien d’original, un moment tout ce qu’il y’a de plus ordinaire.
Quelques derniers au-revoirs échangés comme si je partais pour quelques semaines. Une attente de plus d’une heure au bord d’un rond point que le covoiturage arrive, en plein soleil, au milieu du bruit incessant des voitures.
Et me voilà enfin assise à l’arrière d’une voiture remplie d’inconnus qui vivent chacun leur réalité en parallèle de celles des autres, amenés simplement à partager ces quelques heures ensemble avant de ne plus jamais se revoir. Je regarde le paysage défiler par la fenêtre, un tableau encore bien familier que je connais presque par cœur, une route empruntée cent fois, une destination connue.

S’amorce donc en douceur ce nouveau chapitre, puisque la seule chose qui change sur cette première étape c’est la façon dont je parcours la route, le projet qui guide mes pas et l’état d’esprit dans lequel je me trouve.
Je ne réalise pas encore, a vrai dire. Que certains chapitres sont vraiment finis. Que je n’ai plus de logement, plus de voiture, plus d’activité professionnelle, plus aucun ancrage matériel, que quelque chose de nouveau et de diamétralement opposé à ma réalité connue est en train de commencer.
Je me sens un peu vide d’émotions. Mon esprit est plein d’un épais brouillard qui ne me laisse rien entrevoir sur la suite.
Je ne ressens pas pour autant de peur, d’anxiété, d’inquiétude. Je ne ressens pas non plus d’excitation, de joie, de bonheur. Je ne ressens rien d’ailleurs. J’observe, simplement. J’accepte mon sentiment, ou plutôt son absence. Je comprends que peut-être mon inconscient expérimente un déni de réalité passager, face à un changement somme toute assez violent.
Je suis prête pour la suite.
Après presque deux heures d’observation léthargique, arrive Romane dans la voiture, récupérée à Aix en Provence. Et alors la conversation s’anime. Patrice, notre conducteur de 84 ans, nous partage ses expériences de cuisinier dans les plus belles adresse parisiennes. André, originaire du Chilli, évoque ses souvenirs de la répression militaire sous Pinochet, vécue lorsqu’elle était enfant.
Romane nous parle de ses difficultés à trouver un travail dans l’événementiel, et de son voyage de 4 mois en Amérique du Sud réalisé l’année passée, ainsi que du prochain, identique, qui débutera dans quelques mois.
Et au fil de la discussion nous découvrons que Romane a aussi pour destination finale Nice, comme moi, et qu’une amie la récupère à Antibes pour l’y amener. Je n’ai pas encore le temps de poser la question que Patrice m’arrange le coup.
Et a peine arrivés, me voilà dans la voiture de Charlotte, qui nous partage sur la route son aventure de deux ans en Australie et en Asie, et du mois entier qu’elle a passé en Mongolie.
Les hasards de la vie me font sourire. Quelle probabilité de tomber avec une covoitureuse allant au même endroit que moi, passionnée de voyage, et son amie, globtrotteuse également, qui a passé plus d’un mois dans le pays de mes rêves ?
Je termine la soirée aux côtés d’une amie qui m’héberge, son nouveau compagnon et d’autres de ses connaissances. Scénographie connue, paramètres du vécu inconnus.
J’ai l’impression d’avoir vécu trois journées en une, et j’ai l’impression d’être portée par une spirale qui m’entraîne vers l’avant, sans maîtrise sur les événements. Et étrangement, je n’y oppose pas de résistance. Mais après tout, n’étais-ce pas le but ?
Andrea – Pinochet
Patrice – cuisinier
Romane – événementielle en recherche de travail qui a fait 6 mois en Amérique du Sud et qui repars pour 6 mois en Amérique du Sud en septembre
Charlotte – qui venait chercher Romane à Antibes et qui m’a pris en voiture jusqu’à Nice. Qui revient de 2 ans de voyage alternance PVT Australie – Voyage Asie et qui a fait 1 mois en Mongolie
Seb

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